Cette semaine, nous avons décidé de nous pencher un peu plus sur la personne d’Étienne Marcel, personnalité importante du XIVième siècle, né entre 1302 et 13010, prévôt des commerçants de Paris et premier défenseur des artisans lors des États Généraux.

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Revenons quelques siècles en arrière et replaçons le contexte dans lequel nous nous trouvons. Après la Renaissance de l’An Mil, la France féodale – ou ce qui existe alors de la France que nous connaissons – qui s’organise en divers états est affaiblie. La noblesse, les religieux et le tiers états laissent petit à petit une place à un nouvel “état” : celui-ci réside en ville et est commerçant ou bien artisan. La féodalité, qui s’organise sur un système agricole et rural s’en voit déséquilibrée alors que l’Europe avance techniquement et culturellement. Dans ce panorama, Paris est la ville la plus peuplée du vieux continent (200.000 habitants) et concentre non seulement un grand nombre de commerçants, d’artisans, mais est aussi un centre européen culturel du fait de la présence de ses Universités. La ville est en plus la capitale politique du pays, siège de la couronne. C’est dans ce Paris là qu’Étienne Marcel voit le jour, quelque part entre 1302 et 1310.

La France est dirigée par les Valois, concrètement par Philippe VI. Le règne de Philippe n’est pas de tout repos puisqu’en plus d’affronter les menaces externes à la France, qui entame alors un long processus d’unification, il doit aussi se confronter à plusieurs prétendants au trône (Charles II de Navarre, écarté injustement selon une large part de la population, et Edouard III). Enfin, il gère un État qui refuse bien souvent de payer l’impôt, manifestant ainsi son désaccord avec les nombreuses manipulations monétaires qui dévaluent régulièrement la monnaie (et affaiblissent la noblesse). Concrètement : les nobles souffrent d’une monnaie faible, les pauvres souffrent d’une monnaie trop forte, les commerçants et artisans réclament une monnaie stable et les religieux condamnent l’obsession du roi pour l’argent. En terme d’unification, les différentes tentatives des rois Anglais et Français pour faire passer les comtés de Guyenne, Flandres et Bretagne sous leur influence sont à chaque fois plus violent, la population de ces comtés se rangeants le plus souvent dans le camp des anglais, cherchant à échapper à la fiscalité française.

La guerre de Cent Ans éclate rapidement entre l’Angleterre et la France et commence très mal pour cette dernière. Philippe VI s’échappe comme du champ de bataille à Crécy en 1346 et gagne une réputation de pleutre dont il n’avait nullement besoin. Le peuple français hait un peu plus ce roi qu’il estimait déjà illégitime. Pour ne rien arranger, la grande peste de 1348 renforce la croyance populaire décimant la population parisienne et de France. Charles II de Navarre entreprend de s’allier avec les anglais afin de pouvoir gagner le trône, et se fait jeter en prison par Philippe en 1356.

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Étienne Marcel naît au cœur d’une famille bourgeoise et puissante. Commerçant de tissu, celle-ci importe des étoffes depuis les Flandres ou Brabant. Elle s’enrichit en outre en spéculant sur l’immobilier parisien – notamment lorsqu’il s’agit de vendre aux rois des immeubles afin d’agrandir le palais royal. La famille Marcel sait s’entourer, utilisant notamment la politique matrimoniale à la perfection. Étienne épousera ainsi Jeanne de Damartin, fille d’un riche échevin parisien (magistrat nommé par le roi pour faire justice sur ses terres) puis Marguerite des Essarts, fille du banquier Pierre des Essarts. Il sera opposé à Robert de Lorris dans la succession de son beau-père, Pierre des Essarts. Se méfiant des amendes, il choisit au final de ne pas accepter la succession. Robert de Lorris est mieux renseigné et acceptera lui la succession, touchant ainsi 50.000 livres. Cet épisode marque Étienne Marcel et bien évidemment est crucial pour la suite des événements.

Il entre dans les deux plus grandes confréries parisiennes: la Confrérie de Saint-Jacques-aux-Pèlerins – qui compte parmi les siens Charles II de Navarre – et la Confrérie de Notre-Dame aux prêtres et bourgeois de Paris. C’est dans cette dernière qu’il sera nommé prévôt en 1350, puis prévôt de Paris en 1354. Il s’agit d’un poste théoriquement limité à de simples affaires commerciales, mais dans la pratique, c’est un rôle extrêmement politique puisque le prévôt défend les intérêts des bourgeois des abus du pouvoir. En outre, le prévôt à un rôle militaire et gère le contingent humain de l’ost royal, sorte d’armée de la ville.

En 1355, lorsque les États Généraux approchent, Étienne Marcel est ainsi un des hommes les plus puissants – si ce n’est le plus puissant – de Paris avant le Roi. Ces États Généraux sont houleux, le Roi impose une nouvelle dévaluation de la monnaie et les représentants des citoyens des divers états se soulèvent contre cette politique. En 1356, on tente d’élargir l’assiette de l’impôt en taxant les revenus fonciers. Ces impôts sont censés financer une armée capable de répondre aux chevauchés des anglais sur le territoire français. Celle du Prince Noir est rattrapée à Poitiers, Jean le Bon combattra et sera fait prisonnier, redorant ainsi le blason de la royauté mais laissant le Royaume de France entre les mains de l’inexpérimenté dauphin Charles. Celui-ci demande un nouvel impôt afin de pouvoir faire face non seulement aux nouvelles chevauchées des anglais, mais en plus aux débordements nationaux des mercenaires qui pillent en de nombreux endroits le pays. C’est dans ce contexte que les États Généraux du 10 décembre 1356 sont convoqués. On y fait état d’une nouvelle monnaie permettant au Dauphin de court-circuiter la logique même des États Généraux qui sont profondément opposés à la dévaluation de la monnaie.

C’est l’épisode de trop pour la rue et les parisiens qui estiment qu’ils sont étouffés par la mauvaise politique du Roi. Étienne Marcel devient leur champion et se range du côté des artisans et des commerçants, contre la grande bourgeoisie qu’il tient pour responsable de ses déboires avec Robert de Lorris. Plusieurs affrontements éclatent dans les rue de Paris et Étienne s’en sert pour faire pression sur le duc d’Anjou et le Dauphin. L’ordonnance sur la monnaie est révoquée et les États Généraux convoqués…

À suivre!